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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 00:00

http://www.renaud-bray.com/ImagesEditeurs/PG/1043/1043283-gf.jpg Terreur - Dan Simmons

Edité par Pocket - presque 1000 pages de bonheur et de crampes au bras à force de le serrer très fort.

De quoi ça cause ? Réponse de l'éditeur :

Le 19 mai 1845, le HMS Erebus et le HMS Terror quittent l'Angleterre sous les vivats de la foule. Avec ces navires, le vénérable sir John Franklin entend enfin percer le mythique passage du Nord-Ouest. Mais à l'enthousiasme succèdent bientôt la désillusion, puis le drame. Mal préparée, équipée et dirigée, l'expédition se retrouve prisonnière des glaces et de la nuit polaire. La mort frappe. La maladie se répand. La faim, la mutinerie et la folie couvent. Et rôde une mystérieuse et terrifiante créature, incarnation des peurs ancestrales de l'homme face aux éléments. Le 19 mai 1845, cent vingt-neuf hommes partaient pour un voyage au bout de l'enfer blanc. Combien en reviendront vivants?

A ma grande honte, Dan Simmons ne me fait ni chaud ni froid habituellement. Je reconnais volontiers ses talents de conteurs mais bon, ses histoires ne me parlent pas, ça arrive hein, me tapez pas. Je me suis laissée vendre à mon coeur défendant Terreur par mon Tendre, adepte hardcore de Simmons, un peu perplexe en le voyant dévorer les 1000 pages du bouquin en anglais. Alors oui, j'ai promis cent fois que j'essayerai, mais bon, 1000 pages en anglais qui ne sont ni Fables ni Harry Potter, y avait comme un air de maldone. Puis le bouquin est sorti en français. Acculée, en pleurant, je l'ai pris en main, cherchant encore une fois des excuses du genre "j'ai perdu un oeil en faisant la cuisine" , "tu comprends, j'ai trop de travail" suivi de "nan mais regarde la taille de la pile en retard, je n'ai même pas entamé Mercy Thompson, ça va pas être possible". Et puis il m'a fait ses yeux de Chat Botté alors bon, je l'ai ouvert le bouquin. Là, je suis encore dedans mais j'ai envie d'en parler tout de suite, tant que c'est chaud (haha).

En deux mots : c'est énorme.
Enorme.

Déjà, ça parle d'un truc qui ne m'a jamais effleurée : les expéditions dans le grand nord Arctique. Honnêtement (et un peu honteusement désormais !) ça ne m'a pas traversé l'esprit que des gens pouvaient volontairement se geler les miches par esprit de découverte. Prenez le temps d'imaginer deux minutes : on est au beau milieu du XIXème siècle, il n'y a pas internet, pas de TGV, pas de téléphone portable, Decathlon n'a pas inventé la tente Quechua, no thermolactyl de Damart et des grands malades se disent depuis des années qu'il faut explorer cette partie du monde, en hiver perpétuel ou presque, pour trouver un passage rapide vers l'Asie. En bâteau. EN BÂTEAU !
On trouve donc nos personnages principaux prêts à partir à bord de deux navires de la Royal Navy : le HMS Terror et le HMS Erebus. Dan Simmons nous raconte l'ampleur de la tache, les tonnes de charbons et de bouffe, les renforcements des vaisseaux, les milliers de choses à penser avant de partir pour trois ans au moins. Trois ans ! Vous vous imaginez dans le grand blanc pendant trois ans avec les même 100 personnes ? Là oui, on peut parler de goût de l'aventure et d'esprit de sacrifice ! En gros, ces deux navires sont leurs stations spatiales de l'époque : une oasis au milieu d'un grand vide mortel. Alors ok, les marins qui y vont seront grassement payés (pour l'époque), ce qui motive la plupart d'entre eux mais tout de même, faut se le sentir.

http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2008/08/16/article-0-024C2B5400000578-307_468x317.jpgUne illustration de 1845 du HMS Terror et HMS Erebus, pour le London News.
Car oui, ceci est tiré d'une histoire vraie. L'expédition est tout ce qu'il y a de plus réelle !
Dan Simmons a bossé comme un fou pour s'assurer de l'exactitude de ses descriptions, ce qui rend le bouquin encore plus ancré dans le réel, un semi récit de voyage grandiose et érudit à la Patrick O'Brian (sans les batailles navales).

 

C'est ce qu'il y a de grandiose avec ce bouquin, c'est qu'on ressent tout l'enthousiasme de ces hommes à marquer l'histoire, à  rendre service à leur patrie tout en inscrivant leur nom au panthéon des découvreurs. Et puis comme eux, on commence à se demander ce qu'ils fichent là, au coeur de ces températures dont on n'arrive même pas à saisir le chiffre en négatif si on est pas un pingouin, surtout quand arrive la Bête, la Terreur, qui les hante, semble les chasser en version Predator : elle est là, elle est toujours là, elle ne fait que de brèves incursions mortelles, on ne la voit pas, mais elle est là, attendant de frapper, comme un chat qui guette patiemment que la souris sorte de son trou. Et l'angoisse nous bouffe comme elle prend ces fiers marins, coincés par la banquise, le moindre craquement des navires provoque des battements de coeur, on a envie de leur hurler "Courez ! Courez ! Retournez à pied ou à la nage au Canada, en Angleterre, n'importe où mais courez !".


Tour de force, les personnages sont loin d'être sympathiques au départ. Certains sont même franchement antipathiques au point de se dire que s'ils pouvaient se faire bouffer par un ours, ça ferait de la viande supplémentaire pour les jours de disette et qu'au moins ils seraient utiles à l'humanité. Mais le noir et blanc, ce n'est manifestement pas son truc à Simmons du coup, ses héros sont à l'image de la lumière dans l'Arctique : ce n'est pas la nuit, ce n'est pas le jour, juste une lueur crépusculaire. Alors on s'attache malgré soi : après tout, ce sont peut-être des cons mais quoi qu'il arrive, quel que soit leur passé ou leur conception de la vie, personne ne mérite la Terreur.

La narration est complexe et fluide. Attention : il faut être attentif au départ aux dates en tête de chapitre. Pas faire comme moi qui voit des nombres et qui n'imprime pas (les nombres et les maths, ça pue). En effet, l'histoire est à plusieurs voix et pendant un gros 300 pages, elle n'est pas chronologique. On découvre des personnages différents qui racontent directement par le biais de leur journal ce qui se passe pour eux à un instant T, ou d'autres en narration omnisciente. Evidemment, tous ces éléments sont liés mais ils ne sont pas dans l'ordre. Ca peut être perturbant avant de percuter. L'effet principal provoqué c'est une curiosité frénétique. On suit un personnage, il s'est manifestement passé un truc pour arriver à une situation dramatique mais non, Simmons ne te dit pas tout de suite quoi. Mais toi tu veux savoir. Alors tu tournes les pages, tu tournes les pages et tu te rends compte qu'il est 3h du mat' et qu'il faut aller dormir alors que Franklin a l'air d'être un peu gravement dans la mouise.

C'est qui Franklin ? Et ben faut lire le livre. Na. 11 euros pour toutes ces pages érudites, ce condensé de savoir pour le plaisir, et cette masse d'émotions diverses, c'est une bonne affaire.  

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commentaires

Ptitelfe 14/02/2011 13:15


Belle critique! J'aime beaucoup tes notes d'humour. Je ne connais pas du tout cet auteur. Je ne le rajouterai pas à ma PAL car ce que tu dis me fait déjà bien peur, et je n'oserai pas le lire ^^ En
tout cas, j'ai hate de lire la suite de ta critique quand tu auras fini le livre!