Mercredi 6 avril 2011
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10:05
La librairie des Ombres, un premier roman de Mikkel Birkegaard
éditions 10/18, en domaine policier.
Bizarrement, c'est en domaine policier donc. Après lecture, je ne comprends pas pourquoi mais les mystères de l'édition sont impénétrables. A la rigueur, ça pourrait faire thriller fantastique.
Emphase sur fantastique et à la rigueur. Ok, une collection dédiée fantastique n'existe pas chez 10/18 mais "domaine policier" c'est trompeur.
De quoi ça cause ?
Ca commence avec Luca, un libraire d'origine italienne, qui vit à Copenhague. C'est aussi là où il va mourir. Dans sa librairie cosy, un endroit classe comme on les rêve, au milieu d'ouvrages de
collection, sur des étagères en bois vieillies au rythme des passages de ses lecteurs.
Luca meurt un peu bizarrement, plongé dans un bouquin, il ne peut s'arrêter de lire, jusqu'à en claquer.
Ca continue avec Jon, avocat megatalentueux of doom, qu'aurait kiffé OJ Simpson, tellement tout le monde s'en sort bien grâce à lui et qui découvre la mort de son père alors qu'il vient de gagner
brillament la cause de Muhammed, un concouriste accusé de recel par une bande de policiers qu'on soupçonne très légèrement d'être megaracistes.
Jon déboule alors dans la librairie de son père à qui il ne parlait plus depuis des années, pour découvrir que Luca, paisible commerçant, était un lettore.
Quoi ça ? Un Lettore, c'est un homme capable d'influencer les gens par le biais de sa lecture, capable de charger un texte d'intentions ou d'augmenter les sensations de la lecture. Un rêve de
publicitaire. Et de libraire. Il en existe deux sortes, que je vous laisse découvrir, c'est super bien amené, un vrai bonheur à lire.
Luca, accompagné du collègue (et ami) de son père, ainsi que de la charmante dysléxique Katherina, va se lancer sur les traces des meurtriers de son père. Un chemin semé d'embuches et de livres,
on s'en doute.
Avant d'être un polar, La Librairie des Ombres est un livre fantastique, comme on l'a dit. Alors oui on enquête au sein de sociétés secrètes, on navigue entre les traîtrises et les incendies mais
on est pas dans le Da Vinci Code. C'est avant tout un superbe récit quasi-initiatique (sans Garion et Belgarath) moderne, ultra bien mené, bien écrit, sur des gens fascinants capables de choses
extraordinaires. Les rebondissements s'enchaînent au rythme des progrès de Jon à maîtriser ses capacités. Comme dirait Rafi, on tourne les pages avidement.
Autre chose, je soupçonne le monsieur de Livre Hebdo qui signe le "oh c'est trop bien" du 4ème de couverture soit :
- d'être une chochotte ("Ca fait délicieusement peur"), ce qui n'est pas une honte en soi, entendons-nous bien. Parce que ça ne fait pas peur, mais alors pas une seule seconde ; genre
pas du tout. Peut-être qu'il est ultra sensible aux implications politiques potentielles chez les lobbyistes qui pouraient utiliser ces pouvoirs mais ça semble peu crédible.
- soit de ne pas avoir lu le bouquin ("il nous faudra montrer encore plus de respect pour les livres, sinon ils pourraient se venger") parce que ce n'est pas du tout le propos. Mais
alors pas du tout. Les livres sont des objets parfaitement inanimés, uniquement chargés des intentions de leurs lecteurs. A aucun moment les bouquins ne sont responsables de quoi que ce soit. Ce
n'est pas l'histoire de Chucky, le bouquin qui tue.
Tout le blabla pour dire qu'on passe un bon moment, sans prise de tête. Une lecture idéale au fond du lit, blotti au chaud, un peu avant le sommeil, quand l'esprit s'imprègne des derniers
événements de nos journées avant de rentrer dans le rêve.
A part ça et rien à voir avec la choucroute, on n'en parlera pas ici plus avant vu que ce n'est pas une lecture adaptée à ce blog (c'est un thriller qui ramène Dexter à un tendre agneau) mais si
vous avez l'occasion, il faut lire Au-delà du Mal, de Shane Stevens, chez Pocket. Mais là, il vaut mieux éviter de le faire avant de dormir. Déjà parce que ça ne se lache pas une
fois entamé et qu'on bosse le lendemain mais ensuite et surtout pour la masse de cauchemars que ça peut entraîner tellement c'est horrible et bien écrit. Mais horrible.
Qu'est-ce qu'on cause !